How to breed Gazelles – Creating business for growth: rencontre avec les auteurs, Nikolay A. Dentchev & Kris Vander Velpen

Les auteurs, Nikolay A. Dentchev, Kris Vander Velpen et Edgar Izquierdo – tous trois chargés de cours en Entrepreneuriat, Innovation et Business Planning dans plusieurs universités flamandes et étrangères – cumulent plus de 40 ans d'expérience dans l'accompagnement des entrepreneurs pour la concrétisation de leurs ambitions professionnelles. Dans leur ouvrage How to breed Gazelles, ils ont uni leurs compétences pour créer, dans une perspective pratique, un instrument destiné à toute personne désirant se lancer dans l'aventure passionnante d'une jeune entreprise à forte croissance – c’est-à-dire une « Gazelle » – dans un contexte durable.

1. Vous avez tous un parcours particulièrement intéressant dans l'entrepreneuriat, que ce soit dans l'enseignement ou le secteur privé. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

L'entrepreneuriat nous passionne tous les trois. Nous bénéficions d'une expérience tant académique que pratique – même si nos profils pratiques sont quelque peu différents. Autrement dit, notre passion ne se limite pas aux concepts scientifiques des entreprises en forte croissance ; elle porte aussi et surtout sur l'aspect pratique. Comment créer une « Gazelle » ? Comment développer à long terme une activité à croissance rapide pour en faire une entreprise durable?

Après un doctorat en Entrepreneuriat Socialement Responsable, Nikolay a choisi la vie en entreprise. Il a travaillé six ans chez BNP Paribas Fortis avant de se consacrer pleinement, en 2011, à l'enseignement de l'Entrepreneuriat et de l'Entreprise socialement responsable à la VUB et à la HUBrussel.
Kris possède de plus de 25 ans d'expérience pratique. Il a participé à l'élaboration de concepts commerciaux innovants dans plusieurs secteurs – banques, assurances et soins de santé, etc. Il est aussi à l'origine de la Flanders Business School et enseigne l'Innovation et l'Entrepreneuriat dans plusieurs écoles de commerce en Belgique et aux Pays-Bas.
Edgar est chargé de cours en Entrepreneuriat ; il est aussi fondateur et directeur du centre d'entrepreneuriat et de la fondation scientifique et technologique de son université.

2. Dans How to breed Gazelles, vous attirez l'attention sur la nature intrinsèque d'un bon entrepreneuriat. Même si vous êtes tous les trois actifs dans l'enseignement, vous vous intéressez surtout aux questions pratiques, notamment en matière de « business development » et de « business planning », et votre livre n'a rien d'un exposé théorique. Comment est née l'idée du livre et comment avez-vous décidé de son contenu ?

L'idée de How to breed Gazelles est née il y a un certain temps. Nous savons que le parcours des Gazelles n’est ni facile ni d'évident. Pour reprendre les mots d'Hans Leybaert (Unified Post) : « Être entrepreneur dans une jeune entreprise à forte croissance en temps de crise est une aventure où l'on se sent très seul. » L'étude du professeur Rita McGrath a en outre démontré que moins d'1% des entreprises réussit à maintenir une croissance de 5% pendant 10 ans. Les entrepreneurs qui ont une ambition de croissance rapide sont donc très isolés face à ce défi d’envergure. Nous avons donc jugé utile de mettre en commun nos connaissances et de les partager avec ces entrepreneurs. Les théories sont une excellente source d'inspiration mais nous estimons que les entrepreneurs qui visent une croissance rapide ont encore davantage besoin de conseils pratiques. Notre expérience pratique respective – celle de Kris étant la plus longue dans l'accompagnement des entrepreneurs –, nous a permis de formuler un certain nombre de conseils pragmatiques.

Il est important de comprendre que les facteurs qui génèrent la croissance ne sont pas simplement blancs ou noirs. Nous soulignons par exemple l'influence majeure de l'obsession positive pour les entreprises à forte croissance et les mettons en garde contre le pouvoir destructeur de l'obsession négative. Nous expliquons qu'une gestion attentive des risques peut déboucher sur la performance opérationnelle dont les entrepreneurs ont besoin, et qu'un mépris des risques peut paralyser leur entreprise. Pour pousser les choses plus loin encore, nous remarquons que la prise de risques par le biais d’initiatives innovantes est une des meilleures tactiques pour contrôler les risques de l'entreprise. En d'autres mots, tout est une question de nuances, d'approche, de logique sous-jacente et de professionnalisme.

Notre ouvrage repose sur des connaissances pragmatiques qui découlent de notre expérience. Nous avons bien sûr élaboré et étayé nos points de vue au moyen de différentes théories : un élément primordial pour donner des conseils de qualité aux Gazelles.

3. « L'obsession positive » est un concept fondamental du livre ; il s’agit de la passion, de l'implication et de la curiosité de l'entrepreneur à l'égard de son activité. Parallèlement, vous mettez le lecteur en garde contre les pièges de l'obsession pour son entreprise, et notamment le possible déséquilibre entre vie privée et vie professionnelle. Outre vos activités professionnelles, vous reste-t-il encore du temps à consacrer à votre vie sociale, votre famille, vos loisirs, etc. ?

[Sourire] Comme nous l'avons dit précédemment, rien n'est blanc ou noir dans cette aventure. Nous cultivons tous les trois une obsession positive dans notre travail pratique et universitaire. Trouver un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle n'est pas toujours facile, mais nous faisons de notre mieux. La touche finale apportée à ce livre est d'ailleurs une bonne anecdote en la matière. Les dernières semaines ont été plutôt mouvementées et chacun d’entre nous – depuis l'Équateur, dans un avion pour les USA et entre diverses obligations – a tout mis en œuvre pour terminer le livre dans les délais. La version définitive a finalement été envoyée de Venise au début des vacances, comme pourront le constater les lecteurs attentifs qui liront l'avant-propos. Après autant d'efforts, on ne peut que mieux savourer le résultat, et nous avons la chance de pouvoir compter sur le soutien de nos familles. Nous accordons énormément d'importance à notre vie sociale, à notre famille et à nos loisirs. Il n'est certes pas facile de trouver le bon équilibre. Mais la famille, les amis et la santé ont eux aussi besoin d'attention, et une Gazelle ne doit pas se construire à leurs dépens.

4. On parle de plus en plus des secrets de la réussite ; votre livre tente, dans une certaine mesure, de les inventorier en évoquant les compétences des Gazelles. Quelles sont à vos yeux les qualités élémentaires qu'il faut posséder (ou acquérir) pour être un bon entrepreneur?

Il n'existe pas beaucoup de « secrets » ni de « recettes miracle ». Une obsession positive, un concept solidement ancré dans les tendances actuelles du marché et une entreprise qui prône l'excellence et une amélioration constante : voilà les ingrédients de base. C'est dans cette optique que nous avons structuré notre livre autour du processus de l'entrepreneuriat – depuis l'identification d'une opportunité jusqu'à la concrétisation et enfin la croissance. Chaque étape de ce processus nécessite différentes compétences ou qualités que l'on prête souvent aux entrepreneurs : audace, contrôle de sa propre activité, méthode de travail axée sur les résultats, tolérance et ambiguïté. On attend aussi d'un entrepreneur qu'il sache communiquer, qu’il soit doué pour la vente, la négociation, le réseautage, les finances et la gestion du personnel, et qu'il possède les compétences techniques nécessaires pour exercer son activité. La liste des qualités individuelles, des compétences et des talents requis pour les jeunes entreprises en forte croissance est encore longue. Mais nous tenons à souligner d'emblée que la croissance n'exige pas de compétences humaines hors du commun. Bon nombre des compétences que nous venons d'énumérer peuvent se combiner dans une équipe. Si vous avez besoin par exemple d'un excellent commercial, libre à vous d'engager un collaborateur qui présente ce profil pour renforcer votre équipe.

L’entrepreneur ambitieux doit, selon nous, développer trois compétences : déceler les opportunités, réseauter et communiquer. L’idée de départ est tout à fait personnelle ; il est très rare de connaître le succès avec le projet d'un autre. La croissance des Gazelles repose essentiellement sur le partenariat et la capacité à convaincre les gens du potentiel de votre projet, d'où le rôle majeur du réseautage. Enfin, vous pouvez déléguer, externaliser ou travailler en partenariat autant que vous le voulez, mais sans une communication de qualité, vous n'y arriverez pas.

5. Vous essayez, par le biais de votre livre, d’apporter un soutien et de donner un fil conducteur à tout passionné à construire ou développer une entreprise durable et prospère.  Quel climat la Belgique offre-t-elle, selon vous, aux entreprises à forte croissance et à l'entrepreneuriat en général?

Les enjeux sont nombreux, et pas seulement en Belgique. Voyez les crises bancaires (2008/2009) et la crise des finances publiques en Europe (2011/2012). Certaines régions sont politiquement instables ; pas uniquement dans le monde arabe, mais aussi dans le sud de l'Europe. Sans compter la volatilité du coût des matières premières, qui pose un défi supplémentaire aux entreprises. Certaines trouvent ces difficultés très lourdes ; d'autres profitent des opportunités qui se présentent.

Il existe en Belgique de nombreuses initiatives visant à soutenir l'entrepreneuriat et l'innovation. Notre pays compte de nombreuses success stories ! Nous décrivons notamment les exemples de Soudal, DCM, Miko et Close the Gap. Nous sommes toutefois convaincus que la Belgique a besoin de bien plus de Gazelles et peut leur offrir un très grand potentiel. Nous sommes un petit pays dans une économie ouverte. Nous sommes confrontés au vieillissement, à la pénurie des matières premières, aux problématiques environnementales, à la concurrence venue d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine, pour ne citer que ces quelques exemples. Ce n'est que par l'innovation et l'entrepreneuriat que nous pourrons relever ces défis. Entendons-nous bien : l'innovation et l'entrepreneuriat sont importants à tous les niveaux – multinationales, organismes publics, ONG, etc. –, et pas uniquement dans le secteur privé.

6. Les Gazelles sont les précurseurs de l'innovation et de la croissance économiques ; elles contribuent énormément au bien-être économique de notre société. Que pensez-vous du rapport entre la puissance entrepreneuriale et la crise économique?

Nous pourrions qualifier les entreprises à forte croissance de moteur de l'économie. Ce sont elles qui font progresser le PIB, assurent l'emploi, les exportations – bref, la prospérité de notre société. Il n'est pas évident d'entreprendre en période de crise. Vous n'êtes pas tout seul sur votre île et même si la crise n'a pas d'impact direct sur votre société, vous êtes au minimum confronté à ce qui se passe chez vos clients, vos fournisseurs ou vos amis. Autant de situations qui ne peuvent que vous interpeller et vous inciter à la prudence.

D'un autre côté, toute crise fait naître des opportunités. Une Gazelle est une entreprise qui réussit à saisir les opportunités qui se présentent sous forme de défis. Arrêtons-nous sur certains d’entre eux : le vieillissement, la pénurie de matières premières, la problématique environnementale et les économies dans les finances publiques. Ne serait-il pas fantastique de pouvoir apporter des réponses dynamiques et innovantes à ces enjeux ? Les solutions que nous trouverons seront, quoi qu’il arrive, déterminantes pour notre avenir. En d'autres termes, les crises sont particulièrement efficaces pour mettre à nu les défis et les besoins de notre société. De leur côté, les entrepreneurs sont parfaitement capables d’y répondre. Dans l'ensemble, nous pouvons envisager l'avenir avec optimisme. Ce sont d’ailleurs l'optimisme et le positivisme – et non la critique et le pessimisme – qui seront les garants de l'entrepreneuriat et de l'innovation dont nous avons tellement besoin.

How to breed gazelles

How to breed Gazelles Creating business for growth 
Nikolay A. Dentchev, Kris Vander Velpen, Edgar Izquierdo

How to breed Gazelles is a practical guide on how fast growing businesses can be created. Entering the universe of fast growth requires careful preparation from the early stages of idea generation until the business reaches maturity. Hence, this book follows an entrepreneurial process perspective, commonly described in four stages: (i) opportunity identification and evaluation, (ii) business plan development, (iii) access generation to required resources, and (iv) venture acceleration and management. To address the challenges involved, the book offers a variety of practical tools while, at the same time, it discusses the fundamentals for developing a fast growing activity.

Publié 16-10-2013

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